mardi 19 septembre 2017

Gabrielle Chanel



Gabrielle Chanel - Photo perso

On peut dire qu'on l'attendait ce nouveau grand féminin! 

Une vraie nouveauté depuis 2003 (avec Chance).
Les autres créations auront été des flankers pour irriguer le marché et les liners des parfumeries.
Gabrielle est donc LA nouveauté de la décennie.
 
Un nouveau jus, un nouveau flacon aux lignes simplissimes et superbement high tech autour d’une nouvelle histoire qui s'inscrit fidèlement dans les veines de la marque. 
Pourquoi chercher à inventer un univers quand il suffit de puiser dans son patrimoine pour trouver, d'une évidence toute naturelle, une héroïne ?
Cette égérie sera donc la fondatrice de la marque in persona; à savoir Gabrielle Chanel.
Gabrielle alias Coco dans les années 80, puis Coco Mademoiselle redevient elle-même, la visionnaire, cette femme déterminée et indépendante qui créa son empire. Elle devient l’héroïne de sa propre vie et baptise de son vrai prénom la nouvelle fragrance maison.
Gabrielle est ainsi la signature olfactive de la marque comme si l'esprit de la grande Coco elle-même était venue insuffler à ce jus ce qui lui faut de magie pour lui conférer gloire et pérennité.
 
Il (le parfum) reprend les codes de la marque: élégance, abstraction, finesse et beaux ingrédients. Telle une robe de haute couture rien ne dépasse. Tout est millimétré pour donner à Gabrielle une place honorable aux coté d’Allure et de Coco Mademoiselle.
On ressent évidemment les éléments clés des jus maison et des facettes des ainés, oncle et tantes lointains: l'ylang exotique et incontournable du N°5, la verdeur printanière du muguet et la jacinthe de Cristalle, quelques touches santalées-moelleuses du Bois des Iles et puis Coco Mademoiselle pour la trame boisée chyprée.
L'ouverture est fraîche et franchement verte-acidulée (effet rhubarbe, pamplemousse et son cassis généreux évoque les notes de tete d’Amazone d’Hermès).
Puis elle plonge dans le cœur du spectre: une dimension "grand floral aux 4 facettes" : ylang/ tubéreuse/ jasmin/ fleur d'oranger avant le final boisé musqué, bien propret.
 
Les parfumistas auront remarqué la similarité entre Gabrielle et J’adore, ou comment Chanel (généralement avant-gardiste et pionnière) lance un petit clin d’œil à son ami couturier rival. Bien que ces deux géants de la mode et du parfum évoluent dans le même univers ils ont leur style bien identifiable et aussi leur clients fidèles. Il y’a donc d’un côté les Chanelovers et en face les Dioraddicted.
Le choc des titans s’annonce et le duel de Noël 2017 se passera comme au stade de France entre l’OM et le PSG. Qui gagnera le pied du sapin ?
 
Gabrielle est un parfum dit mainstream, c’est-à-dire qu’il est facile d’accès, facile à porter, conventionnel et calibré pour être un champion des tests consommateurs. On dit que l’acte d’achat d’un parfum se décide lors des premières secondes d’olfaction.
Décrit comme un grand floral solaire, il appartient donc à cette famille de parfums la plus appréciée et plébiscitée de par le monde.
Il n’y a aucun intérêt pour Chanel de lancer un parfum qui soit « hyper créatif » ou transgressif. Plaire à 3 érudits éclairés et amateurs de sensations olfactives hardcore n’est pas dans la stratégie de la marque.
On n’attend pas de Chanel de lancer un ovni (Mugler réussi très bien ce genre d’exercice). On attend de Chanel un parfum qui s’inscrive dans son temps, qui plaise à madame tout le monde, et qui donne envie de racheter un deuxième flacon, puis un troisième, etc. L’idéal serait de séduire un nouvelle cliente et de la fidéliser.
On verra dans 3 ans qui restera sur liners des parfumeries : Gabrielle ou Aura.
La loi du marché est impitoyable et seul le client est roi.
 
Quelque temps avant son lancement je me souviens avoir reçu comme commentaire accompagnant l’échantillon « do not expect too much… ».
On dit souvent que pour ne pas être déçu il ne faut pas trop attendre…
Soit.
Justement, plus l’attente est longue plus le désir d’être ébloui est conséquent (ou pas).
C’est dire l’angoisse et l’engouement qui régnaient autour de cette nouveauté. On nous en parle concrètement depuis janvier; Chanel distillant quelques pistes par-ci par-là, tel que le nom, d’entrée de jeu. Ça c’est du teasing !
Un parfum tous les 15 ans ça tient du sacré. Il ne faut pas se rater.
Gabrielle sera donc l’incarnation de cette décennie.

Certaines marques soignent minutieusement leur image, leur communication et surtout leur réputation. A l’image d’une star énigmatique qui revient sur scène après 5 ans d’absence, on l’attend, on la guète et l’on imagine des scénario improbables. On divague, on invente, on s’agrippe aux rumeurs mais on espère frissonner dès son retour.
Une fois la star revenue dans la lumière, la foule est conquise et c’est la transe, la béatitude, la clameur (imaginez un peu le parterre d’hystériques devant les Beatles un soir de gala à Liverpool).
« Je veux un enfant de toi (ange) Gabrielle ! »
Bon, on n’est pas dans le même niveau d’euphorie concernant Gabrielle mais l’idée d’une longue attente perçue comme frustrante par les fans pourra provoquer une telle effervescence.
 
Pour ma part, je suis ravi de cette nouveauté.
C'est à mon sens le lancement le plus réussi en 2017 (voire même de ces 3 dernières années).
Pourquoi donc ?
Parce que Gabrielle est un parfum ambitieux qui ravive l’époque des grands lancements. Gabrielle apporte un nouvel élan de clarté et de lumière à cette parfumerie qui s’enlise et qui tourne en rond. Gabrielle replace assez haut la barre de la parfumerie mainstream et servira peut-être de point de repère (d’inspiration ?) à de nouveaux développement parfums à venir.
Gabrielle est le fruit d’un sérieux travail de fond et de forme pour livrer au public un parfum bien dans l’air du temps, dans un positionnement haut de gamme mais pas d'un luxe écrasant. Il y a là une vraie cohérence de la marque à rester fidèle à son image et à son ADN et en somme « à faire du Chanel ».
Gabrielle c'est l'antidote au mauvais goût, à la masse pâteuse du glucosé, au rose neuneu et au cheap and toc. 
 
Je reprends une citation de Chanel : “Le luxe, ce n'est pas le contraire de la pauvreté mais celui de la vulgarité».

mercredi 13 septembre 2017

I'll be back...

En juin 2016 quand j'ai écrit mon dernier post j'aurais pu me retourner et d'un regard Raybanisé vous dire  "I'll be back" dans un accent germano-hollywoodien qui n'aurait pas apporté beaucoup de crédibilité à mes propos.
Je ne l'ai pas fait.
Comme ce héros de science fiction j'ai traversé le temps (une année terrestre précisément) pour rendre vie à mon blog.

Lui et moi venons d'univers extraordinaires où l'irréel trompe le quotidien pour l'embellir un peu.
Le parfum: cette entité qu'on ne voit pas mais qu'on remarque...
Ce spectre qui fait tant parler.

Je reviendrai donc faire ma rentrée dans quelques jours pour vous parler de petites choses exquises et des high lights du moment.

Stay tuned... et bonne rentrée à tous!

vendredi 3 juin 2016

3 Summer fragrances : Guerlain - Tom Ford - D&G

C'est un fait, l'été passe trop vite et l'hiver est interminable (surtout cette année). 9 mois de grisaille pour 3 mois de ciel bleu.
Alors, quand pointe le printemps on se prend déjà à rêver d'évasion, de plages exotiques et de rivages dorés. Certaines marques ont déjà pris les devants et mettent en scène des parfums solaires aux notes chaudes, rondes et cocoon.
Un pschitt de parfum et c'est Bora Bora qui se dévoile autour de vos épaules.

3 parfums ont retenus mon attention; ils présentent des notes ensoleillées et revendiquent de plus en plus des fleurs jaunes qui se mêlent aux pétales suaves et cotonneux des fleurs blanches.
Terracotta Eau de Toilette Guerlain
Terracotta - Guerlain:

Pour les 30 ans de sa gamme Guerlain a mis en flacon le parfum de l'été avec en guest star un jasmin indien, rayonnant et capiteux qui s'accompagne de son ami fidèle : l'ylang ylang. Arrivent ensuite les notes lumineuses et solaires évoquant le sable qui s'assouplit sous les pieds (les salicylates). Enfin l’œillet et une génoise gourmande de noix de coco emmènent le bouquet floral dans une dimension crémeuse, lactée et balsamique.
Une alternative si vous aimiez Ylang Vanille ou encore Tiaré Mimosa de la collection Aqua Allegoria.
Soleil Blanc Eau de Parfum Tom Ford
Soleil Blanc - Tom Ford:
Etonnant parfum dans la gamme du créateur. De ce flacon blanc immaculé comme un calice de gardénia surgit un parfum suave et exotique qui évoque instantanément les caresses d'une crème solaire, genre Hawaïan Tropics. On ferme les yeux et on respire un mirage d’été.
Néroli, épices douces et citrus ouvrent le bal avant un plongeon dans les notes cotonneuses des muscs et des lactones (noix de coco, pêche, monoï, oranger absolu, tubéreuse…). Riche, confortable, facetté et en même temps aéré sans être écœurant. Pas mal !

Velvet Ginestra Eau de Parfum Dolce & Gabbana
Velvet Ginestra  - Dolce & Gabbana.
Direction bassin méditerranéen au mois de mai quand les genêts illuminent les collines de leur éclat jaune vif et de leur parfum oranger.
D&G sait aussi faire des bons parfums (la preuve avec leur gamme exclusive).
Cette nouvelle EDP est une très belle ode aux fleurs jaunes (un peu de mimosa, du néroli, une touche de miel et beaucoup de genêts posés sur une boule de notes salicylées à l’odeur de sable blanc). Je le place dans la même veine que Carnal Flower pour la facette lactée solaire, mais sans la note de tubéreuse ravageuse. Essayez-le, il est très beau. C’est le parfum qu’il faut emmener dans son sac de voyage si vous partez pour Anacapri.
 
Pêle-mêle des parfums solaires : 
- Une Fleur de Cassie par Fréderic Malle, bien plus miellée et animale (un fleur couture et retro en même temps).
- Champs Elysées de Guerlain, le bouquet floral bucolique avec lilas, héliotrope et jacinthe.
- Mimosa pour Moi de l’Artisan, un rayon de soleil, entre gomme, frangipane et flocons de mimosa.
- Songes d’Annick Goutal (Ylang, monoï, santal...) et aussi : l’Eau d’Issey Absolue, Mahora/ Mayotte de Guerlain…

Et dans un univers de soin vous trouverez aussi : Nuxe le parfum prodigieux, le Parfum solaire de Lancaster et le Parfum Divin de Caudalie (tous les trois sont gorgés d’effluves solaires inspirés des vacances et des senteurs typiques des crèmes solaires).
 
Alors je vous souhaite un bel été.

Echappez-vous, parfumez-vous, enivrez-vous, tartinez-vous et cocoonez-vous.

A bientôt.

mardi 5 avril 2016

L'Homme Idéal - Eau de Parfum - Guerlain

Document Guerlain
Mon premier est un masculin que Guerlain préparait en écho à l’énorme succès de La Petite Robe Noire, un mythe abordé avec humour et qui n’a échappé à personne : l’Homme Idéal (le bien nommé). Moderne, urbain, glucosé-dry et un tantinet canaille.
Mon deuxième en est la version Cologne (2015). Mais mon troisième, qui est l’objet de mon attention et de mon article aussi, est sa version Eau de Parfum (2016).

Il est très courant pour des marques de décliner leur parfum à l’infini. On commence par lancer une eau de parfum. A la saison suivante on l’allège avec une version eau de toilette ou au contraire on la corse avec une eau de parfum intense (extrême, absolue ou élixir ; au choix). Parfois, on fait le cheminement inverse, sans aucun lien logique entre les différents jus. Ou, troisième cas de figure, on y ajoute une variante : eau légère, Cologne florale, eau sensuelle, eau fraîche, aqua, eau Sport, et le plus hilarant : Eau de Cologne l’Eau etc.)

Si vous êtes perdus dans toutes ces références ne cherchez pas les petits cailloux en guise d’indice parce qu’il n’y en aura pas. Les méandres du marketing sont des eaux troubles aussi profondes qu’irrationnelles. C’est tellement mieux de brouiller les pistes. Sinon, c’est pas drôle. Ne demandez pas non plus aux conseillères de vente dans les parfumeries, elles vous regarderont désabusées ; ça fait un bail qu’elles ont lâché l’affaire.
Bref. En ce qui concerne L’Homme Idéal il existe dorénavant en 3 variations sur le même thème (pour que chacun y trouve son bonheur). Une EDT pour le jeune branché, une EDC pour le jeune dynamique et sportif mais qui ne porte pas de jogging et pour l’autre jeune, le grand frère intello et casanier, une EDP.
Le premier (abordé ici) est la version EDT, un parfum boisé aromatique et gourmand, enflammé de bois secs et arrondit de notes suaves (tonka, vanille, rhum, praline).

La version Cologne présente une eau limpide, librement inspirée de la version EDT mais qui s’allège des notes ambrées et gourmandes pour ne privilégier que les notes citriques, amères et éclatantes (pamplemousse, écorces d’orange, une touche de bourgeons de cassis…) plus quelques épices posées sur un fond boisé musqué propret.
La version EDP est une belle surprise et une très belle réussite. La note est chaude et ample et on entre directement dans une dimension orientale. Guerlain a toujours su manier les départs vifs et hespéridés aux fonds suaves et baumés. Cette EDP est un exemple de l’héritage de la maison. La bergamote, le romarin et la lavande préparent le terrain pour que le patchouli et le santal se baignent aisément dans la vanille, le benjoin, la note gomme Play Do d’héliotropine et dans la fève tonka du frère aîné.

D’emblée on devine que ce parfum sera notre compagnon pour l’automne. Cette EDP rassemble des éléments d’autres parfums qu’on a appris à aimer et qui sont devenus familiers ou intimes: un peu d’Opium pour Homme pour les épices, une ombre du labdanum résineux de Bel Ami, le tabac miellé de Volutes de Diptyque, la ganache à la tonka musquée de Chergui par Serge Lutens, et le final en ambre gris animalisé et cuiré de l’Ambre Eternel (2016) de la même marque. 
C’est en quelque sorte la version intense d’Allure Homme qui manque à Chanel.
Son + : fait assez « niche », très qualitatif, pointu et confortable.

Seul petit hic dans ce charmant tableau, on aurait bien aimé que ces jolies notes soient un peu plus tenaces et se diffusent sur la peau jusqu’au bout de la nuit. Dommage. Mais rien d’irréparable : parfumez généreusement l’intérieur de vos vêtements et le parfum se fixera ainsi aux fibres et fera vibrer votre sillage.

vendredi 11 décembre 2015

Coque d’or, le diadème de Guerlain


J’ai pris tout mon temps pour rédiger ce post. Il vient clôturer 2015 et apporter sa part de féerie plaquée or en cette période de Noël.
J’ai pris tout mon temps aussi à savourer ce parfum même si je l’ai aimé en 2 secondes. Sitôt la mouillette sous le nez j’ai eu envie de le porter et de le posséder. Comme un coup inattendu en plein cœur et violent comme un orgasme, j’ai eu ce sentiment de bonheur quand je l’ai senti la première fois. Depuis, je savoure lentement chaque bribe qu’il veut bien me laisser entrevoir et je caresse chaque recoin de ses notes olfactives.

Pour Coque d’or, je connaissais son magnifique flacon en forme de nœud papillon doré mais je ne connaissais pas grand-chose à son identité olfactive (si ce n’est quelques ingrédients de la pyramide, dont l’iris.) Pourtant j’avais l’impression que j’allais déjà l’aimer avant de le connaître.J’ai la chance de posséder quelques gouttes de ce nectar. Ce qui m’amuse c’est que je suis (vraisemblablement) le seul de toute la ville à porter ce parfum. Et, pas besoin d’Hugo Boss pour me sentir « Just Different ».

Dans les années 30, en pleine période de l’Art Nouveau, naîtront également Je reviens de Worth et Scandal de Lanvin. Tous les deux ont des éléments en commun; des bases de parfumeries qui viennent magnifier les formules des parfums et les rendre au passage incopiables. Une base muguet par ici, un cœur d’aldéhydes par-là, des absolus rares, des eaux de fleurs et autres infusions de muscs et d’ambre pour pimenter le tout.
Pour moi, Coque D’or c’est l’élément clé de l’accord chypre chez Guerlain; bergamote / patchouli / mousse de chêne.
Il sera un parfait trait d’union entre la charpente boisée-moussue deMitsouko de 1919 et la rose épicée fruitée de Parure en 1974. En sentant ces 3 grâces-là on aura toujours l’impression d’être dans un tableau de l’époque du fauvisme où les guépards ont des têtes de femme.

L’ouverture de Coque d’Or présente une bergamote italienne, brute et généreuse, vierge de tout traitement dépuratif (c’est-à-dire qu’elle contient encore ses terpènes et ces molécules qui font criser les allergologues et les législations). Une touche anisée (identique à l’Heure Bleue) nous conduit vers un cœur rosé-muguet-œillet. Et le final s’expire dans les mousses, le patchouli, les vétivers et des muscs poudrés. Les infusions d’ambre et autres délicatesses animales redessinent le contour du personnage. Bref, c’est un vrai Guerlain, assurément ! Il emprunte aussi à Mitsouko son côté fourrure et dessine déjà l’accord de prune lactée que l’on retrouvera bien plus tard dans Parure. Cependant, Coque d’Or se différencie des deux par une overdose d’iris. Je disais au sujet d’Y de YSL que « Old is Gold ». C’est ici doublement le cas.

L’accord harmonieux du nombre d’or est l’équilibre heureux entre 2 ingrédients; ici l’iris et l’œillet. L’iris qui trône en majesté dans Coque d’or ne cherche pas à dissiper des rondeurs et ses défauts. Il est gras, brut, rêche, poudreux et irradiant. Il emporte dans ses racines les notes de prune, de pêche et de jasmin qui l’accompagnent tout au long de la sérénade. Comme dans Après l’ondée l’accord œillet (structure baptisée Dianthine, composé d’ylang-ylang, de poivre, clou de girofle et de baumes cinnamiques) vient pimenter son bouquet floral et booster l’iris hors de son confortable nuage poudré.

Il est pratiquement impossible de porter ce genre de parfum en 2015. D’une part, parce qu’il n’est plus en production depuis les années 60 et d’autre part, la complexité de sa note ferait des dégâts auprès des tests consommateurs avides de pâtisseries industrielles. Il possède des qualités qui tendent à disparaître du paysage de la haute parfumerie: finesse, classe et subtilité. J’essaie de dire que ce parfum est d’une telle richesse qu’il ne peut être porté qu’avec exubérance et panache. Je pense que Coque D’or atteint un niveau d’élégance jamais atteint et qu’il botterait royalement le séant de certains jus du marché.

Mais Coque d’or n’est pas seulement un produit, c’est un mythe. Et il le restera.

On oublie assez rapidement ce qu’a été la parfumerie du 20ème siècle. Les modes passagères et les législations castratrices viendront gommer petit à petit ceux qui ont été les piliers de la parfumerie moderne. Une nouvelle ère s’annonce. Mais sera-t-elle aussi flamboyante ?

*Coque d’or n’est pas disponible à la vente mais on peut le respirer à nouveau lors des ateliers vintages organisés par la marque au 68, avenue de Champs Elysées. 
Plus d’infos sur le site Guerlain.

Offrez des parfums à Noël, ça embellit la vie.

Joyeuses fêtes à vous tous !

A l’année prochaine.

Alex

jeudi 26 novembre 2015

L'arôme Truffe


En gastronomie l'or noir c'est la truffe (qui peut être blanche aussi). Elle est un met raffiné nec plus ultra et elle se paye à prix d'or. On la retrouve avec panache dans des plats d'exception pour les grandes occasions. Tous les grands chefs ont magnifié cette tubercule en la présentant comme une diva exquise dans leur création. 
Truffe + caviar + champagne, what else?
Mais sa meilleure parure reste encore l'écrasé de pomme de terre.
Fausse rustique la truffe?

Si vous n'avez pas les moyens de consommer de la vraie truffe à tous les repas la science a pensé à vous avec l'arôme truffe (environ 20€ les 100ml).
Élaboré en laboratoire, à partir d'éléments naturellement présents dans la truffe, l'arôme est commercialisé sous plusieurs formes: huiles, vinaigres, tapenades, sels... il est là pour "singer" le parfum du végétal.
Le principe de l'arôme alimentaire est de donner l'impression de consommer "du vrai" quand le produit en question n'en contient pas.
Une illusion gustative en quelque sorte.

Pas facile de "contretyper" mère Nature.

Un arôme fraise sans un gramme de fruit ça existe (tout comme l'Eau Parfumée au Thé Vert de Bvlgari sans une seule feuille de thé dedans - dixit JCE en personne, le créateur du parfum).
De plus, le goût du Red Bull ne vient pas d'une corbeille de fruits martiens mais d'un accord banane-fraise-vernis à ongles.
Un arôme chocolat est très puissant et est moins coûteux à inclure dans une crème dessert industrielle qu'une vraie cosse de cacao qu'on aurait pris le temps de torréfier, de raffiner puis de cuisiner.. Le coût de production s'en ressent. Le goût aussi.
Nous mangeons, buvons et nous parfumons avec des illusions.

Comme tous les mammifères, je sens ce que je mange. Si ça sent bon je mange et si ça sent pas bon je ne mange pas. Cqfd.

Ma première rencontre avec l'arôme truffe a été désastreuse.
J'ai cru qu'une conduite de gaz avait peté et quelle était en train de nous intoxiquer lentement. Hyperosmie en action, alerté par cette onde malveillante, mes bulbes olfactifs ont détecté la nuisance. J'hésite encore à la décrire comme l'odeur de flatulence d'un vieux tuyau métallique rouillé qui aurait expulsé son dernier relent gazeux par le caoutchouc d'une vielle chambre à air.
J'avais cette impression que mes organes vitaux (notamment le foie) était visés et que j'allais bientôt sombrer.
Sauve qui peut!
Cet arôme était 100 fois plus puissant qu'un ail fraîchement pressé.
Seule issue: ouvrir grand les fenêtres et se barrer très loin!

Aussi, après réflexion, je doute que la truffe naturelle sente aussi mauvais. De mémoire, elle sent l'humus, le liège du bouchon, avec un petit effet cosse de noix fraîche tout à fait appréciable.
Autant jouer les puristes: je préfère savourer la truffe naturelle que de me polluer l'organisme avec cet ersatz douteux. Mais je peux très bien vivre sans, aussi.


Et vous, fan de la truffe?

jeudi 15 octobre 2015

Place Vendôme Haute Parfumerie


J’ai toujours abordé sur ces pages le thème des parfums (de toutes sortes et principalement ceux que j’aime), le thème des matières premières et aussi quelques sujets qui me trottaient dans la tête (le rhume pour un parfumeur, le parfum envahissant de ma voisine depizzeria, le musc et les valseuses, etc.)

J’ai traité en autobiographie le sujet de l’accueil en parfumerie (cet effroyable salon de beauté hambourgeois tenue par des rombières asséchées). Mais cette fois je vais vous parler d’une autre boutique, à l’extrême opposé de la précédente. Une parfumerie « out of this world », un écrin luxueux qui tire la haute parfumerie vers le haut et qui redonne à l’univers du parfum sa magie originelle. Cette parfumerie s’appelle Place Vendôme Haute Parfumerie et se situe à Wevelgem en Belgique.

On sait tous que les parfums ne se vendent pas tout seul et que même la plus extravagante des communications ne parvient pas à faire d’un mauvais sirop un succès planétaire. Le Parfum a besoin d’un lieu adéquat et d’un support pour pouvoir s’exprimer en dehors de son flacon. Et ce support c’est la force de vente des vendeurs. Qui n’a jamais été emballé par l’histoire que nous racontent ces ambassadeurs quand ils croient en leur produit ? Qui n’a jamais rêvé aux fables sur les ingrédients exotiques, les coulisses et les anecdotes sur la création du précieux nectar ? Le parfum c’est un tout mais aussi un produit à haute valeur subjective ajoutée. Quand un passionné vous parle de l’objet de son affection il vous embarque immédiatement dans son monde.

C’est un peu cette histoire-là que je vais vous raconter.

Pour ma première visite en Belgique j’ai commencé par le plus extraordinaire des voyages. Me voilà fraîchement débarqué en terre inconnue que l’on m’emmène déjà découvrir expressément un autre monde.

J’avais entendu parler de Place Vendôme, cette petite boutique atypique qui vend des trésors de haute parfumerie au milieu de la pampa (des pièces de collection en cristal, des éditions prestiges et limitées, etc.) Je m’explique : Place Vendôme est située à Wevelgem autant dire, presque au milieu de nulle part (sans offenser les habitants du patelin en question). Place Vendôme n’est pas une enseigne des Champs-Elysées mais son aura brille d’autant de mille feux.
J’entre donc dans ce lieu inattendu. Les devantures m’annoncent déjà que je vais décoller et embarquer pour le nirvana. Chanel et Guerlain en sont les guest stars (en toute fausse objectivité je peux vous dire que je plane déjà…). Je suis Alice et je viens de traverser le miroir. Me voilà en apesanteur dans un autre monde, je flotte dans un Taj Mahal scintillant. 
Notre hôte, David Depuydt et son équipe nous accueille chaleureusement et nous invite à découvrir son écrin.
David est le propriétaire des lieux. Il est un être atypique, un personnage charismatique qui bouscule les codes. Il est le gardien d’un temple où tout est luxe, splendeur et convoitise.

J’étais Alice, je deviens Charlie (dans la chocolaterie). J’ai envie de tout voir, de tout toucher, de tout sentir. David est en quelque sorte le Willy Wonka des lieux, le magicien bien veillant qui vous transmet son rêve et partage généreusement avec nous toutes ses beautés olfactives et visuelles.

J’ai une ébauche de théorie sur le personnage : je pense que David est un extra-terrestre* et qu’il vient d’une planète nommée LUXE. Luxe est une sphère lumineuse qui met en lumière le travail artisanal d’un groupe de créatifs (les parfumeurs, les artisans flaconniers, les concepteurs d’emballages, et les tous ces corps de métier qui gravitent autour de la beauté). Tout est question de savoir faire et de soucis du détail. Luxe n’est pas une planète bling bling où des logos ostentatoires en toc vous balancent leur vulgarité en pleine face. Luxe est une horloge de cristal saupoudrée d’or. C’est une constellation de petites choses bien choisies qui une fois combinées entre-elle vous donne l’impression que vous êtes un élément de cette mécanique.
Le luxe c’est une valeur et pas nécessairement un prix sur une étiquette.
David est *extra parce qu’il est un passionné éclairé de la belle parfumerie et amoureux des marques qu’il représente. Exigeant dans ses produits il fait preuve d’une connaissance infaillible sur l’histoire de ses parfums. Il croit dur comme fer en l’émotion et en la magie du Parfum.

Il a créé cet univers merveilleux et depuis 25 ans le succès ne se démenti pas.

David est *terrestre parce qu’il a le franc parler et les pieds sur terre ; il connait les enjeux et les stratégies des marques mais garde pourtant cette magie dans son discours. Il jongle habilement entre expertise du marché et la féérie des lieux.
Visiter la Parfumerie Place Vendôme est un moment rare et unique. On déambule entre les créations exclusives de Guerlain et les avant-premières de  Chanel. La gamme privée des Heures de Cartier côtoie les fontaines à parfums de Caron, les vintages ressuscités de Patou, quelques marques de niche pointues (Amouage, Parfum d’Empire, etc.) et des cosmétiques premiums.

Quand on repart de la boutique on affiche un sourire béat. Que l’on ait acheté un parfum ou pas on a ce sentiment d’avoir vécu un moment magique. Et rien que pour ça j’ai envie d’y retourner.

Si vous passez dans le coin, je vous invite donc à découvrir cette parfumerie et surtout à rencontrer cette joyeuse équipe de doux rêveurs.

Haute Parfumerie Place Vendôme
Menenstraat 2/A, 8560 Wevelgem en Belgique


vendredi 21 août 2015

Mitsouko Print



Manon s’est parfumée avec Mitsouko inlassablement pendant plus de cinquante ans. Offert en cadeau de mariage par son mari, elle ne l’a plus jamais quitté.
Sa bouteille de parfum était un repère, elle n'aurait pas vraiment su dire ce qu'il sentait, juste divinement bon.
Elle en avait toujours une quelque part, dans sa salle de bain, son sac à main, sur sa coiffeuse.
Elle a essayé plusieurs concentrations (eau de toilette, cologne, extrait) et en a gardé tous les flacons. 
Ceux d’extrait c’étaient pour les grandes occasions: les anniversaires de mariage. 
- Il sent bon, il me plaît et je ne saurais pas m’en passer. Mitsouko c’est un peu mon histoire dans un flacon. Il a toujours été là, il m'a accompagné dans la vie, confiait-elle.
Ses foulards, ses chemisiers, même sa penderie embaumaient. 

Par dizaines de flacons et des milliers de vaporisations Manon s’est imprégnée de ce parfum. Il palpitait en elle comme une intraveineuse profumum sous sa peau. 
Ses bras auraient parus étrangers sans ce parfum dans son cou.

Mitsouko c'était elle, l'ombre dans notre ombre, une empreinte invisible et si familière qui a collé à jamais des souvenirs à sa présence. 

Et puis un matin d’un jour comme aujourd'hui, Manon a laissé son corps dans cette chambre et s'en est allée partager l'ombre.

On se souviendra toujours d’elle, de ses grands yeux noirs, de sa fougue méditerranéenne et de son parfum si on le recroise avec émotion dans un courant d'air. 


A ma GRAND-mère.

vendredi 19 juin 2015

Portrait of a Lady et The Night - Frédéric Malle

J’ai été récemment en contact très rapproché avec Portrait of a Lady si bien que j’ai eu envie de reprendre un article que j’avais publié fin 2010 à son sujet et de le compléter un peu. Je l’avais aimé dès sa sortie et je constate que 5 ans après son lancement son succès ne fait qu’accroître auprès des amateurs de la belle parfumerie.
Je livre donc une déclaration d’amour à retardement à ce parfum qui ne cesse de me surprendre et de me troubler. Je le porte occasionnellement de peur de m'y habituer mais c'est à chaque fois un plaisir immense de le retrouver et de le sentir flirter avec mes mouvements.
Il est signé Dominique Ropion (compositeur de Very Irresistible, Alien, Armani Code Woman, Trésor in Love, Amarige et bien d'autres). Portrait of a Lady est un boisé floral à fort pouvoir de séduction. Il vient enrichir la très belle gamme des parfums imaginés par Frédéric Malle.

Très complexe et en même temps clair et aéré ce parfum s’ouvre sur une très belle essence de rose fraîche, quelques éclats vifs et métalliques de géranium et d’une pointe de framboise qui servira de liant jusqu’au cœur du parfum. On y perçoit également quelques effets épicés de cannelle et de poivre. 

Ce qui est étonnant avec ce parfum c'est le travail autour de l’essence de rose, on la survole, on l'effleure mais jamais elle ne se livre totalement. En aucun cas elle ne s’affiche rétro, cosmétique ou fleur bleue. Au contraire. Elle est fantasmée. Cette essence de rose, d’origine turque, est un prétexte à un parfum boisé oriental d'un nouveau genre ; un parfum texturé en 3 dimensions : florale, boisée et ambrée. Il se boise d'encens avant un saut magistral dans un cœur de patchouli hyper confortable (le Patchouli Heart est une nouvelle fraction épurant l’essence terreuse et rêche de la plante pour n’en retenir que la quintessence).  Ainsi, ce bouquet de feuilles épuré prend son élan sur un prisme de molécules immatérielles (comme le chaleureux cashmeran qui soulève le patchouli vers un final en muscs blancs puissants et autres molécules ambrées, très diffusive et rémanentes). L’aura que diffuse ce parfum est surréelle. Contrairement à son étiquette Portrait of a Lady n’a rien de franchement féminin, c’est tout là son paradoxe. Mais c’est ce qui fait son charme aussi.

D’un point de vue olfactif, Portrait of a Lady est une secousse magnétique, un véritable choc olfactif qui s’impose dans l’air et qui sait attirer les nez curieux et les compliments. D’un point de vue technique et dans l’utilisation de ces ingrédients Portrait of a Lady est un bijou high-Tech qui réinvente avec brio le sempiternel duo rose-patchouli pour en livrer là un parfum inédit et parfaitement bien équilibré. Apparemment le chaos des overdoses donne ici un résultat remarquable. Enfin, d’un point de vue subjectif, Portrait est un fauteur de troubles.

Imaginez une scène de western où le héros du film (en collier de perles et biscotos) entre dans un saloon bondé. L’ambiance est lourde et l’harmonica souffle sur l’air sec du désert. Tout le monde se fige, les regards se tournent vers les portes battantes et on dévisage l’inconnu(e) dont la silhouette se dessine à contre-jour. Son parfum a déjà envahi la pièce et pour une raison X la tension monte ; une baston va éclater. Accrochez-vous à vos pop-corn. Ca va swinguer.

Vous comprenez alors que je ne m’enivre de ce parfum que lorsque je m’ennuie un peu. Le vaporiser ouvre porte à l’aventure…(qui ne finit pas en castagne, je vous rassure).
 
Photo perso. A gauche The Night, à droite Portrait of a Lady

L’année dernière, le génial duo Frédéric Malle et Dominique Ropion composent un Oud « The Night »* plus vrai que nature. Hé oui, encore un Oud ! Mais pas un sirop « foutage de gueule » ; The Night is THE oud ! 
(On parle d’une formule dosée à 20% en véritable essence d’Oud). Une fois que vous aurez senti ce parfum vous ne verrez plus l’Oud comme avant et vous ne pourrez même plus envisager de porter autre chose. Tout semblera n'être qu'imposture. Si vous êtes du genre aventurier et si vous vivez des relations sado-maso avec les parfums (que vous aimez vous prendre des claques … olfactives, s’entend) attendez-vous à décoller. The Night vous fera voir 36 chandelles. Mais quelles chandelles ! Tout Versailles dans un sniff.
The Night est l’enfant orientalisant de Portrait of a Lady. Il délaisse ainsi ses perles pour basculer dans le côté obscur du fauvisme. Même si sa rose est hérissée, l’animal est dompté et son empreinte est indélébile. Puisque Portrait of a Lady et The Night ont ce lien de parenté évident (rose-patchouli-ambre) je peux vous conseiller de les superposer. Vous vivrez-là la plus insolite des expériences. Attention alors à votre sillage. Personne n’en sortira indemne. Pas même vous.

*(The Night est disponible à Paris dans les corners et les boutiques de la marque, demandez-le ; il n’est pas exposé avec les autres parfums).